Qualité à agir pour solliciter la nullité d'un testament
Contester un testament : le légataire particulier peut-il agir ?
Peut-on contester un testament lorsque l’on est lésé sans être héritier ?
Cette question revient fréquemment en droit des successions. Pourtant, la réponse apportée par la jurisprudence est stricte et parfois source d’injustice en pratique.
⚖️ Dans un arrêt du 4 mars 2026 (Cass. civ. 1re, n° 24-21.711), la Cour de cassation confirme une position constante : le légataire particulier ne peut pas agir en nullité d’un testament pour insanité d’esprit.
Cette décision s’inscrit dans une jurisprudence établie en matière de contentieux successoral.
* * *
Je présente ci-après la définition du legs particulier et le raisonnement de la Cour de cassation:
Le code civil prévoit une section relative aux legs particulier (articles 1014 à 1024 du code civil).
En droit des successions, le légataire particulier est une personne désignée par testament pour recevoir un bien déterminé :
- un bien immobilier,
- une somme d’argent,
- un objet précis.
Contrairement à l’héritier ou au légataire universel, il ne recueille pas l’ensemble du patrimoine du défunt.
Il n’a donc pas la qualité de successeur universel.
Dans l’affaire jugée :
- un légataire particulier voit son droit révoqué par un testament ultérieur,
- il décide de contester ce nouveau testament en invoquant l’insanité d’esprit du testateur.
Sa demande est déclarée irrecevable.
La raison tient à la nature de la nullité invoquée (articles 1178 à 1185 du code civil).
La nullité pour insanité d’esprit est une nullité relative.
Selon le Code civil, une nullité relative ne peut être exercée que par les personnes que la loi entend protéger (article 1181) :
- les héritiers légaux,
- les légataires universels.
Autrement dit, seuls les successeurs universels ont qualité pour agir.
Cette règle, juridiquement fondée, peut entraîner des situations particulièrement délicates.
Il peut arriver qu’une seule personne ait qualité pour agir
…et qu’elle n’ait aucun intérêt à contester le testament
Dans ce cas :
- aucune action en nullité n’est possible
- même en présence d’un doute sérieux sur la lucidité du testateur
Pour être valable, un testament doit être établi par une personne saine d’esprit (article 901 du Code civil).
L’insanité d’esprit correspond à un trouble mental empêchant un consentement libre et éclairé.
Cependant, même si ce trouble est avéré, encore faut-il avoir la qualité pour agir en justice.
Cette jurisprudence met en évidence un risque majeur :
- un testament potentiellement irrégulier peut subsister
- faute de personne habilitée à en demander la nullité
Le légataire particulier, pourtant directement impacté, se trouve alors privé de tout recours.
Le testament reste un outil juridique puissant pour organiser la transmission du patrimoine.
Mais cette décision rappelle une exigence fondamentale : la sécurisation du consentement du testateur dès la rédaction de l’acte
Cela suppose :
- une vigilance accrue du notaire,
- une analyse juridique rigoureuse,
- et, dans certaines situations, un accompagnement par un avocat.
Anticiper les difficultés successorales permet d’éviter :
- les contestations,
- les blocages entre héritiers,
- ou au contraire, l’impossibilité d’agir.
Un accompagnement juridique en amont permet de sécuriser les volontés et de prévenir les contentieux.
***
Retrouvez également mon article " Le testament : anticiper, protéger, transmettre "dans lequel je présente le testament.
Auteur : Marie Laguian
"Avocate avec la spécialisation en droit des successions, j’accompagne mes clients dans la rédaction, la sécurisation et le contentieux des testaments."



